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Ada Colau, la passionaria des Indignés

jeudi 14 novembre 2013, par Jean-Olivier SAIZ

Notions "Lieux et formes de pouvoir" et "Mythes et héroines"

Ada COLAU la fée des délogés

A force de Basta ya ! aux banques espagnoles qui ont conduit des milliers de familles à la ruine et à la rue, Ada COLAU est devenue la militante la plus populaire du pays. Et la bête noire du pouvoir en place.

Ada COLAU a le sens du collectif, mais c’est pourtant elle qui, à 39 ans, incarne la résistance citoyenne aux banques espagnoles. Militante du droit au logement, oratrice implacable, elle porte la parole de la Plateforme des affectés par l’hypothèque (PAH). Un parole qui mitraille le gouvernement et les institutions financières parce qu’elle dénonce une réalité assassine : depuis 2008, en Espagne, 400 000 famille ont perdu leur logement, asphyxiées par un crédit hypothécaire contracté durant les années folles de la bulle immobilière. Une hécatombe qui a convaincu Ada COLAU de fonder la PAH, dans le sillage du mouvement des Indignés.

- Courrier international : "Ada Colau – Elle fait du logis son combat"

En 4 ans la Plateforme, née à Barcelone, a quadrillé le territoire : « Au début, le plus dur n’était pas de se confronter au pouvoir de la banque, confiait Ada à El País en juillet dernier, mais de gérer la détresse des gens. Si ceux-là, sans ressources, se retrouvent dans un espace de solidarité, alors ils se transforment en superhéros. » De ces milliers de victimes du surendettement, le PAH a fait une armée d’activistes, acteurs d’une révolution qui campe désormais devant les immeubles des députés et au guichet des agences bancaires. Souvent spectaculaires, ces actions, baptisées escraches (dans ce contexte : manifestations publiques ciblées) ont déjà gelé plus de 700 expulsions. Elles ont aussi élevé Ada au rang de figure publique.
Diplômée en philo, celle qui a fréquenté les squats de Barcelone et enchaîné les petits boulots a beau se défendre, elle est devenue médiatique. Une « gueule », notamment depuis février dernier quand, face au Congrès des députés, elle a agoni contre un ponte de l’Association espagnole des banques (AEB) : « Je ne suis pas en train de lui balancer ma chaussure pour la seule raison que je veux rester ici pour parler devant vous. Cet homme est un criminel, et c’est ainsi que vous devez le traiter. »

- Le Monde : "ADA COLAU, au secours des expulsés"

Une ennemie de l’intérieur
Deux mois plus tard, auditionnée par le Parlement Européen, Ada relaie une pétition d’un million et demi de signatures qui réclame le vote en urgence d’une clause exonérant les expulsés de leur dette une fois leur logement cédé à la banque. En Espagne, en effet, malgré la saisie du bien, la dette continue de courir. Une double peine pour des familles à la rue, insolvables et acculées. Le Parlement espagnol, a in fine voté une loi antiexpulsions, une coquille vide délestée des revendications de la Plateforme, car le Parti Populaire (PP) au pouvoir s’oppose à tout modification du système hypothécaire… et à Ada, qu’il présente comme une ennemie de l’intérieur. Une agitatrice qu’il est urgent de déstabiliser : « On a reçu des menaces, des choses intolérables, lâche Adria ALEMANY, compagnon de la militante et auteur, avec elle, de 2 livres à usage des endettés. Ada rend les membres du PP extrêmement nerveux. » Dépassé par la popularité de la PAH révélée par plusieurs sondages, le PP crie au « terrorisme ».

- Carta de Ada Colau al Presidente del Gobierno, Mariano Rajoy

Ada, elle, n’en appelle pas moins à l’occupation des immeubles détenus par les banques. Le 20 juillet, sur le plateau télé d’El Gran Debate (Telecinco), à une heure de grande écoute, elle martelait l’impossibilité de « laisser les gens à la rue dans le pays qui cumule le plus de logements vides d’Europe ». A ses côtés, un jeune handicapé témoignait de ses errances de SDF pressé par sa banque de rembourser une dette de 120 000 euros au lendemain de son expulsion.

texte de Olivia DEHEZ (Source : magazine Causette #38)

- Entrevista El País Semanal a Ada Colau : “En España puedes ser un mafioso y disfrutar de reconocimieno oficial”